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AMLA européenne : ce que les entreprises québécoises avec des opérations en UE doivent savoir

La nouvelle autorité européenne AMLA et le Règlement 2024/1624 impactent les entreprises canadiennes avec des opérations dans l'UE. Comparaison CANAFE/AMF Québec et démarches pratiques.

L'équipe CheckFile
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Avis réglementaire : Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique. Les lois et règlements en matière de lutte contre le blanchiment d'argent évoluent rapidement. Les compagnies sont invitées à consulter un conseiller juridique qualifié pour toute question relative à leur situation particulière.

L'Union européenne a franchi une étape majeure dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (LBA/FT) avec la création de l'Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, connue sous l'acronyme AMLA (Anti-Money Laundering Authority). Installée à Frankfurt au Messeturm, cette nouvelle autorité de supervision paneuropéenne est opérationnelle depuis le 1er juillet 2025 et commencera sa supervision directe de 40 entités financières à haut risque dès le 1er janvier 2028.

Pour les compagnies québécoises qui n'ont aucune présence dans l'UE, l'impact est indirect mais réel — notamment sur les normes mondiales et les attentes des partenaires commerciaux européens. Pour celles qui exploitent des filiales ou des succursales dans l'UE, l'impact est direct et concret : le Règlement (UE) 2024/1624, aussi appelé AMLR, sera directement applicable dans tous les États membres de l'UE à compter du 10 juillet 2027.


L'AMLA européenne s'applique-t-elle aux entreprises québécoises ?

La réponse courte : non, pas directement. Le Règlement (UE) 2024/1620 qui institue l'AMLA et le Règlement (UE) 2024/1624 (AMLR) s'appliquent aux entités assujetties établies ou opérant dans l'Union européenne. Le Canada, le Québec et toutes les provinces canadiennes demeurent des juridictions tierces vis-à-vis de ce cadre réglementaire européen.

Cependant, deux réalités importantes s'imposent aux compagnies canadiennes :

  1. Les filiales européennes d'entreprises canadiennes sont pleinement assujetties à l'AMLR. Une banque canadienne avec une succursale à Paris ou Amsterdam devra se conformer aux nouvelles exigences européennes unifiées de LBA/FT, y compris les procédures de connaissance du client (KYC), les contrôles sur les bénéficiaires effectifs et les nouvelles obligations relatives aux cryptoactifs.

  2. Les partenariats commerciaux transfrontaliers peuvent exiger une diligence raisonnable conforme aux normes AMLR. Les contreparties européennes d'une compagnie québécoise pourraient imposer des exigences documentaires accrues dans le cadre de leurs propres obligations de vérification.

Au Canada, le cadre principal de LBA/FT reste la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes (LRPCFAT), administrée par le Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE). Au Québec, l'Autorité des marchés financiers (AMF Québec) joue un rôle complémentaire de régulation des marchés financiers provinciaux.


AMLA vs CANAFE/AMF Québec : comparaison des cadres réglementaires

Dimension UE — AMLA / AMLR Canada — CANAFE / AMF Québec
Autorité AML principale AMLA (siège à Frankfurt) CANAFE (siège à Ottawa)
Instrument juridique Règlement (UE) 2024/1624 (application directe) LRPCFAT + règlements d'application
Régulateur provincial/sectoriel Autorités nationales compétentes (BaFin, ACPR, etc.) AMF Québec (valeurs mobilières), OSFI (institutions fédérales)
Seuil de bénéficiaire effectif 25 % ou plus 25 % ou plus (LCSA)
Déclaration des espèces Vérification client dès 3 000 €; plafond paiements en espèces à 10 000 € Déclaration CANAFE obligatoire dès 10 000 CAD
Transferts internationaux de fonds Traçabilité complète sous AMLR Déclaration CANAFE obligatoire dès 10 000 CAD
Protection des données RGPD (Règlement (UE) 2016/679) Loi 25 (Québec); LPRPDE (fédéral)
Registre des bénéficiaires effectifs Registres nationaux interconnectés Registre LCSA (fédéral); REQ (Québec)

Note importante : L'AMF Québec et l'AMF France portent le même sigle, mais ce sont deux institutions entièrement distinctes sans aucun lien institutionnel entre elles. L'AMF Québec régule les marchés financiers québécois (valeurs mobilières, assurance, distribution de produits financiers). L'AMF France (Autorité des marchés financiers) régule les marchés financiers français. Les compagnies canadiennes ne doivent pas confondre ces deux organismes dans leurs démarches de conformité.


Calendrier : dates clés de l'AMLA pour les compagnies canadiennes

Date Événement Pertinence pour les compagnies canadiennes
Juillet 2024 Publication des Règlements (UE) 2024/1620 et 2024/1624 au Journal officiel de l'UE Début du délai de préparation de 3 ans
1er juillet 2025 AMLA opérationnelle à Frankfurt Début de la publication des orientations et des normes techniques
10 juillet 2027 AMLR directement applicable dans toute l'UE Date butoir pour les filiales européennes des compagnies canadiennes
1er janvier 2028 Supervision directe par l'AMLA de 40 entités financières à haut risque Les groupes bancaires canadiens avec présence en UE pourraient être inclus
À déterminer Normes techniques réglementaires (RTS) de l'AMLA Préciseront les modalités pratiques des obligations KYC

Pour les compagnies québécoises avec des opérations en UE, le 10 juillet 2027 représente la date d'entrée en vigueur à planifier. Les préparatifs — cartographie des filiales, révision des politiques KYC, formation des équipes de conformité — devraient commencer dès maintenant pour éviter une mise en conformité précipitée.


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Obligations du AMLR pour les opérations des compagnies canadiennes dans l'UE

À compter du 10 juillet 2027, les entités assujetties établies dans l'UE — y compris les filiales de groupes canadiens — devront appliquer un cadre KYC unifié qui remplace les transpositions nationales parfois disparates de la 6e directive AML.

Les principales obligations incluent :

  • Vérification unifiée de l'identité des clients : procédures standardisées à l'échelle de l'UE, réduisant les divergences entre États membres. Les compagnies canadiennes qui géraient plusieurs jeux de procédures (une pour l'Allemagne, une pour les Pays-Bas, une pour la France) pourront en principe converger vers un seul processus.
  • Identification des bénéficiaires effectifs : obligation de déclarer et de vérifier toute personne physique détenant 25 % ou plus d'une entité. Le seuil de bénéficiaire effectif de 25 % du Règlement AMLR (UE) 2024/1624 s'aligne sur les exigences canadiennes de déclaration des entités à contrôle notable (≥ 25 %) prévues par la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA). [Source : Règlement (UE) 2024/1624, article 62]
  • Plafond de 10 000 € pour les paiements en espèces : limite absolue applicable aux transactions commerciales dans l'UE.
  • Vérification client dès 3 000 € : toute transaction occasionnelle au-dessus de ce seuil déclenche des obligations de diligence raisonnable.
  • Surveillance continue des relations d'affaires : les politiques de révision périodique des dossiers clients devront être documentées et auditables.

Pour les groupes canadiens, cela signifie une révision de la gouvernance de conformité à l'échelle du groupe, en veillant à ce que les politiques locales des filiales européennes respectent l'AMLR tout en demeurant compatibles avec les exigences de la LRPCFAT au niveau du groupe consolidé.


Particularités québécoises : AMF Québec, Loi 25 et AMLA

Le Québec dispose d'un cadre réglementaire distinct qui, à plusieurs égards, se rapproche davantage des exigences européennes que du reste du Canada.

La Loi 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels dans le secteur privé) impose aux compagnies québécoises des obligations qui ressemblent fortement au RGPD européen : consentement explicite, droit à l'oubli, évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (ÉFVP), et obligation de désigner un responsable de la protection des renseignements personnels. Cette convergence est une bonne nouvelle pour les compagnies québécoises avec des opérations en UE : une mise en conformité rigoureuse avec la Loi 25 crée une base solide pour répondre aux exigences du RGPD.

L'AMF Québec supervise les intermédiaires de marché, les gestionnaires de fonds, les sociétés d'assurance et les distributeurs de produits financiers au Québec. Pour les compagnies de services financiers québécoises avec une présence en UE, elles doivent donc naviguer simultanément entre :

  • Les exigences de l'AMF Québec (valeurs mobilières provinciales)
  • Les exigences de CANAFE (LBA/FT fédéral)
  • Les exigences de l'OSFI (pour les institutions financières fédérales)
  • Les nouvelles exigences de l'AMLR pour leurs filiales dans l'UE (supervisées par l'AMLA)

La cartographie de cette superposition réglementaire est essentielle avant d'entreprendre tout projet d'expansion européenne. Les compagnies doivent également tenir compte du REQ (Registraire des entreprises du Québec), qui joue un rôle analogue au registre du commerce européen pour l'identification des entités et de leurs dirigeants.


Nouvelles entités assujetties sous le AMLR : cryptoactifs et services professionnels

L'AMLR élargit significativement le périmètre des entités assujetties dans l'UE. Parmi les ajouts notables :

Les prestataires de services sur cryptoactifs (CASP) : désormais pleinement assujettis aux obligations LBA/FT sous l'AMLR, en cohérence avec le Règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets). Toute compagnie canadienne offrant des services sur cryptoactifs dans l'UE doit s'inscrire comme CASP et appliquer des procédures KYC comparables à celles des institutions financières traditionnelles.

Au Canada, CANAFE exige déjà l'inscription des entreprises de services monétaires (ESM) traitant en monnaies virtuelles depuis 2020. Les compagnies canadiennes actives dans ce secteur ont donc une longueur d'avance, mais devront adapter leurs procédures aux spécificités de l'AMLR pour leurs opérations européennes.

Les professions libérales (avocats, notaires, comptables, agents immobiliers) voient leurs obligations renforcées sous l'AMLR. Pour les firmes canadiennes de services professionnels avec des bureaux en Europe, une révision des politiques de diligence raisonnable clientèle s'impose.


Étapes pratiques pour les compagnies québécoises ayant une exposition à l'UE

Voici une feuille de route pragmatique pour les dirigeants et responsables de conformité :

  1. Cartographier l'exposition : Identifier toutes les filiales, succursales, coentreprises ou participations significatives dans des États membres de l'UE. Vérifier le statut d'entité assujettie de chacune sous le droit local applicable.

  2. Évaluer les écarts KYC : Comparer les politiques actuelles de connaissance du client de vos entités européennes avec les exigences de l'AMLR. Documenter les lacunes et établir un plan de remédiation avant juillet 2027.

  3. Harmoniser les seuils de bénéficiaire effectif : Si votre compagnie applique déjà le seuil de 25 % de la LCSA pour l'identification des actionnaires importants, la convergence avec l'AMLR est facilitée.

  4. Former les équipes : Les responsables de conformité des filiales européennes doivent comprendre le nouveau cadre AMLA/AMLR. Les équipes canadiennes chargées de la supervision du groupe doivent aussi maîtriser les enjeux.

  5. Revoir la gouvernance des données : La double conformité Loi 25 / RGPD pour les compagnies québécoises avec des opérations en UE nécessite une politique de protection des renseignements personnels robuste et cohérente des deux côtés de l'Atlantique.

  6. Tirer parti des outils de vérification documentaire : La plateforme CheckFile prend en charge plus de 3 200 types de documents dans 32 juridictions, ce qui permet aux équipes de conformité de vérifier des documents d'identité, des registres d'entreprise et des justificatifs dans le cadre de leurs procédures KYC unifiées. Découvrez nos solutions de vérification KYC ou consultez notre guide de conformité documentaire.

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Questions fréquemment posées

L'AMLA s'applique-t-elle directement aux entreprises au Québec ?

Non. L'AMLA et le Règlement AMLR (UE) 2024/1624 s'appliquent aux entités assujetties établies ou opérant dans l'Union européenne. Les compagnies québécoises sans présence dans l'UE ne sont pas directement assujetties. Celles qui ont des filiales ou des succursales dans l'UE doivent s'assurer que ces entités respectent l'AMLR avant le 10 juillet 2027.

Quelle est la différence entre l'AMF Québec et l'AMF France ?

Même sigle, deux institutions entièrement distinctes sans aucun lien institutionnel entre elles. L'AMF Québec (Autorité des marchés financiers) régule les marchés financiers québécois : valeurs mobilières, assurance, distribution de produits financiers et encadrement des professionnels du secteur financier au Québec. L'AMF France (Autorité des marchés financiers) est une autorité publique indépendante qui régule les marchés financiers en France. Les compagnies canadiennes qui cherchent des renseignements sur la réglementation québécoise doivent toujours s'adresser à l'AMF Québec, accessible à l'adresse lautorite.qc.ca.

Comment se compare le seuil de déclaration CANAFE avec les exigences européennes ?

CANAFE exige la déclaration des opérations importantes en espèces (OIE) pour toute transaction en espèces de 10 000 CAD ou plus dans le cadre d'une seule opération. L'AMLR fixe un plafond absolu de 10 000 € pour les paiements en espèces dans l'UE et impose une vérification client dès 3 000 €. Au niveau des seuils nominaux, les deux régimes sont proches, mais l'AMLR va plus loin en instaurant un plafond absolu (les paiements en espèces de plus de 10 000 € sont tout simplement interdits, pas seulement déclarables). Pour les transferts internationaux de fonds, CANAFE exige également une déclaration dès 10 000 CAD, ce qui s'aligne sur les exigences de traçabilité de l'AMLR.

La Loi 25 du Québec est-elle compatible avec le RGPD européen ?

En grande partie, oui. La Loi 25 s'est largement inspirée du RGPD et partage plusieurs de ses principes fondamentaux : consentement éclairé, droits des individus (accès, rectification, suppression), évaluation des facteurs relatifs à la vie privée et obligations en cas d'incident de confidentialité. Cependant, des différences subsistent, notamment dans les modalités de consentement et les délais de notification. Les compagnies québécoises qui souhaitent être conformes aux deux régimes doivent effectuer une analyse comparative détaillée avec l'aide de conseillers juridiques spécialisés en protection des données.

Comment CheckFile aide-t-il les compagnies canadiennes à gérer la conformité AML en UE ?

CheckFile prend en charge plus de 3 200 types de documents dans 32 juridictions, incluant les pièces d'identité européennes, les registres d'entreprise (y compris le REQ et son équivalent NEQ pour le Québec), les extraits de registres commerciaux de l'UE et les justificatifs requis dans le cadre des procédures KYC. Les équipes de conformité peuvent utiliser CheckFile pour vérifier automatiquement l'authenticité et la validité des documents soumis par des clients ou contreparties européens, réduisant ainsi les délais d'intégration et les risques d'erreur manuelle. Pour en savoir plus, consultez nos solutions de vérification KYC ou envoyez-nous un courriel via la page tarifs.


Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique ou réglementaire. Les informations contenues dans ce texte reflètent l'état des textes réglementaires au 1er juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Pour toute question relative à votre situation particulière, consultez un conseiller juridique ou un professionnel de la conformité qualifié.

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