Déclaration de soupçon TRACFIN : guide pratique 2026 pour les entités assujetties
Tout savoir sur la déclaration de soupçon TRACFIN en 2026 : qui est obligé, quand déclarer, comment utiliser ERMES, et quelles sanctions en cas de non-déclaration.

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La déclaration de soupçon TRACFIN est une obligation légale pour toutes les entités assujetties à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) en France. Fondée sur l'article L.561-15 du Code monétaire et financier, elle impose de signaler à TRACFIN toute opération dont l'origine des fonds est suspecte, quel que soit le montant. En 2024, TRACFIN a reçu 215 410 déclarations de soupçon, soit une hausse de 13,2 % par rapport à 2023 — un signal fort de l'intensification des contrôles. Ce guide décrit les obligations, la procédure sur ERMES, les pièces à conserver, et les sanctions encourues.
Avertissement réglementaire : Ce guide est fourni à titre informatif. Les obligations LCB-FT évoluent régulièrement. Consultez un juriste spécialisé pour toute situation spécifique.
Qu'est-ce qu'une déclaration de soupçon TRACFIN ?
La déclaration de soupçon est le mécanisme par lequel les professionnels assujettis informent TRACFIN — la cellule de renseignement financier française — d'une opération potentiellement liée à du blanchiment ou du financement du terrorisme. L'article L.561-15 du Code monétaire et financier pose trois critères alternatifs déclenchant l'obligation : les sommes proviennent d'une infraction passible d'une peine de plus d'un an d'emprisonnement, sont liées au financement du terrorisme, ou concernent des sommes dont la provenance ne peut être établie.
Le seuil de déclenchement est volontairement bas : il suffit d'un doute raisonnable, pas d'une certitude. La Cour de cassation a précisé que « le soupçon peut résulter de la seule absence d'explication satisfaisante fournie par le client ». Cette formulation large oblige les professionnels à documenter non seulement leurs déclarations, mais aussi leurs décisions de ne pas déclarer.
TRACFIN est rattaché au ministère de l'Économie et des Finances. Il analyse les déclarations reçues et peut transmettre des notes de renseignements au parquet ou aux services de police judiciaire. En 2024, selon le bilan d'activité de TRACFIN, 215 410 déclarations ont été reçues, dont une part croissante émanant des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN).
Qui est obligé de déclarer à TRACFIN ?
L'article L.561-2 du Code monétaire et financier dresse la liste exhaustive des entités assujetties. Les professionnels des secteurs suivants ont l'obligation de déclaration :
| Secteur | Exemples de professionnels | Autorité de supervision |
|---|---|---|
| Banques et établissements de crédit | Banques, établissements de paiement, EME | ACPR |
| Assurance | Compagnies d'assurance-vie, mutuelles | ACPR |
| Gestion d'actifs | Sociétés de gestion, CIF | AMF |
| Professions juridiques | Avocats, notaires, huissiers | CNB, CSN |
| Professions du chiffre | Experts-comptables, commissaires aux comptes | CNCC, OEC |
| Immobilier | Agents immobiliers, syndics | DGCCRF |
| Crypto-actifs | PSAN, PSCA | AMF |
| Jeux et casinos | Opérateurs agréés | ANJ |
Les avocats soumis aux obligations TRACFIN bénéficient d'une exemption pour les informations couvertes par le secret professionnel dans le cadre d'une consultation juridique, mais restent assujettis pour leurs activités de conseil en transactions financières et immobilières.
Depuis le 1er janvier 2026, l'entrée en vigueur progressive des textes du « Paquet AML » européen (AMLR, 6e directive AML) renforce les exigences pour les PSP, les PSAN et les acteurs du secteur non financier. Les autorités de supervision — AMF et ACPR — ont inscrit le contrôle de la robustesse des dispositifs de signalement parmi leurs priorités 2026.
Quand et comment effectuer une déclaration de soupçon ?
La déclaration doit intervenir dès que l'entité assujettie sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner que les fonds sont d'origine illicite. Il n'existe pas de délai fixe exprimé en jours ouvrables, mais la jurisprudence et les positions de l'ACPR exigent une transmission sans délai injustifié après la naissance du soupçon.
Depuis le 1er février 2025, la transmission via ERMES est obligatoire pour l'ensemble des professionnels assujettis. ERMES (Échanges Réservés aux Métiers de l'Économie Sécurisée) est la plateforme sécurisée de TRACFIN, accessible à l'adresse tracfin.finances.gouv.fr. La déclaration papier n'est plus acceptée.
Les principales étapes sont :
- Identification du soupçon par le responsable conformité ou le déclarant désigné
- Collecte des pièces justificatives (KYC, relevés de transactions, documents d'identité)
- Saisie sur ERMES avec les rubriques obligatoires : identité des parties, description de l'opération, montants, motivations du soupçon
- Conservation d'une copie de la déclaration et des pièces pendant 5 ans minimum (art. L.561-12 CMF)
L'interdiction de divulgation (tipping-off)
L'article L.561-29 du Code monétaire et financier interdit formellement de porter à la connaissance du client ou d'un tiers l'existence d'une déclaration de soupçon. Cette interdiction de « tipping-off » est sanctionnée pénalement. Un professionnel qui informerait son client qu'il vient de faire une déclaration à TRACFIN encourt jusqu'à un an d'emprisonnement et 22 500 € d'amende.
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La qualité de la déclaration dépend directement de la solidité du dossier de connaissance client. Les entités assujetties doivent conserver :
- Les pièces d'identité ou les documents de constitution pour les personnes morales
- Les justificatifs de revenus ou d'activité (bulletins de salaire, bilans, extraits Kbis)
- Les relevés de transactions couvrant la période suspecte
- La note interne décrivant les éléments ayant fondé le soupçon
- Le récépissé ERMES après transmission
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Selon l'ACFE Report to the Nations 2024, la détection manuelle des fraudes n'atteint que 37 % des cas, avec un délai moyen de 87 jours. Un processus documentaire automatisé améliore la réactivité et la cohérence des déclarations.
Les signaux d'alerte AML permettent d'identifier en amont les opérations potentiellement suspectes avant la formalisation de la déclaration.
Sanctions en cas de non-déclaration
Ne pas effectuer une déclaration de soupçon alors que l'obligation était constituée expose l'entité assujettie à deux niveaux de sanctions :
Sanctions administratives : L'ACPR, l'AMF et les autres autorités de supervision peuvent prononcer des sanctions allant de l'avertissement au retrait d'agrément, en passant par des amendes pouvant atteindre plusieurs millions d'euros. La liste des sanctions prononcées par l'ACPR est publique depuis 2014.
Sanctions pénales : L'article L.574-1 du Code monétaire et financier punit de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende le défaut de déclaration intentionnel. Pour les personnes morales, l'amende peut atteindre 1 875 000 € (quintuple pour les personnes morales en application de l'article 131-38 du Code pénal).
En 2025, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire et le GAFI ont renforcé leurs recommandations sur la culture de conformité, insistant sur la responsabilité des dirigeants en cas de défaillances systémiques. Le guide conformité documentaire détaille les pratiques de mise en conformité pour les entités assujetties.
Questions que les professionnels se posent
Sur les forums spécialisés, plusieurs questions reviennent fréquemment :
Comment documenter la décision de ne PAS déclarer ? La jurisprudence administrative exige que l'entité conserve une trace écrite de l'analyse ayant conduit à ne pas déclarer, avec la date, les éléments examinés et la conclusion motivée. Cette traçabilité interne est aussi importante que la déclaration elle-même lors d'un contrôle ACPR.
Faut-il déclarer si l'opération a déjà été exécutée ? Oui. L'obligation porte sur les opérations proposées, tentées, en cours ou déjà exécutées. Le caractère accompli de l'opération ne supprime pas l'obligation de signalement. La déclaration doit intervenir dès que le soupçon naît, même après l'exécution.
Un soupçon fondé sur des informations publiques (presse, réseaux sociaux) est-il valide ? Oui. L'article L.561-15 CMF vise « toutes les informations » disponibles. Un article de presse signalant des activités frauduleuses peut fonder un soupçon légitime, à condition de le documenter dans le dossier.
Questions fréquemment posées
Qui peut effectuer une déclaration de soupçon à TRACFIN dans mon entreprise ?
La déclaration doit être effectuée par le déclarant désigné ou son remplaçant. Dans les établissements soumis à l'ACPR, ce rôle est généralement confié au responsable de la conformité LCB-FT (RCLCB-FT). Pour les professions libérales, le professionnel lui-même est le déclarant.
Quelle est la différence entre une déclaration de soupçon et une déclaration d'opération atypique ?
La déclaration de soupçon (art. L.561-15 CMF) est une obligation légale déclenchée par un soupçon d'origine illicite. La déclaration d'opération atypique est une mesure interne de surveillance qui précède souvent la déclaration de soupçon. Ces deux notions ne doivent pas être confondues dans le dispositif de contrôle interne.
Combien de temps doit-on conserver les déclarations de soupçon ?
L'article L.561-12 du Code monétaire et financier impose une conservation minimale de 5 ans à compter de la fin de la relation d'affaires ou de l'exécution de l'opération concernée. En pratique, de nombreux professionnels retiennent 10 ans par précaution au regard de la prescription pénale.
Le portail ERMES est-il sécurisé pour les données personnelles ?
ERMES utilise un chiffrement de bout en bout et est hébergé sur des infrastructures souveraines conformes aux exigences de la CNIL. L'accès est restreint aux déclarants habilités et chaque connexion est tracée. Les données transmises bénéficient de la protection du secret de la défense nationale applicable aux informations TRACFIN.
Peut-on annuler ou modifier une déclaration de soupçon déjà transmise ?
Une déclaration transmise via ERMES peut faire l'objet d'un complément d'information, mais ne peut être rétractée. En cas d'erreur manifeste, il convient de contacter TRACFIN directement pour signaler le problème. La modification doit être formalisée par une nouvelle déclaration complétant ou rectifiant l'initiale.
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